Grenade, Île aux épices (dernière partie)

Classé dans : Caraïbes, Grenade | 8

Matthew arrive bientôt. Aujourd'hui, le 26 septembre, c’est le « deadline » pour prendre notre décision. Nous devons quitter la Grenade la journée même si on choisit d’aller à Trinidad. Nous devons réserver une place pour sortir de l’eau ou aller prendre place dans le « trou à ouragan » si c’est ce que nous choisissons. Sinon, il sera trop tard et nous n’aurons pas de place. À notre réveil, nous voyons que les gens sont plus actifs qu’à l’habitude. Il y a beaucoup de communications sur la VHF et certains lèvent l’ancre dès 7h30. De notre côté, nous n’arrivons pas à récupérer la météo car internet est tellement lent… J’imagine que tous les bateaux de la Grenade essaient de récupérer les fichiers météo en même temps!! Une fois la météo récupérée, on voit qu'il n’y a pas vraiment de changement aux prévisions de la veille. L’œil passera sur les Grenadines et il y a 90% des chances que la dépression devienne une tempête tropical avant de passer sur l'arc Antillais. Après consultation des fichiers et de certains autres équipages, nous décidons avec Vidorra de voir si nous pourrions sortir nos bateaux de l’eau à Clarks Court marina. Après un refus et quelques heures de discussions, on nous dit de nous rendre à quai. Ils pensent avoir la possibilité de nous sortir tous les deux à la fin de la journée ou le lendemain matin. La pluie devrait débuter en fin de journée le lendemain. Ce fut toute une saga, mais 12 heures, un coup de soleil, une écharde de métal et une chute en bas d’une échelle plus tard, Passion Rebelle se repose au sec hors de l’eau.

Ce soir, je suis assise dans notre bateau. Il est tristement sorti de l’eau, mais je me sens tellement bien. Nous avons choisi l’option la plus chère, sans conteste. Ce n’est pas rien de sortir un bateau de l’eau pour quelques jours seulement, mais j’ai l’impression de faire ce qu’il faut pour que mes bébés soient en sécurité. Je dis « bébés » car quand je pense à ces petites têtes blondes et au danger qui nous menace, ce ne sont que des bébés. Ils n’ont pas peur, ils nous font confiance et nous devons les protéger. L’avenir nous dira si nous avions raison, mais il n’y a jamais rien qui arrive pour rien… Nous aurons surement la chance de faire la petite couche d’antisalissure dont nous avons besoin pour entrer aux Galápagos!! Il est tard, je suis fatiguée. Mathieu est parti prendre un verre avec des amis alors que je veille sur nos amours. À son retour, il me dit qu’une personne a ri de nous car nous avons sorti le bateau de l’eau. Sérieusement, il y aura toujours des "losers" pour juger les autres sans même essayer de comprendre les circonstances.

Côté météo, les prévisions voient maintenant le système passer un peu plus au nord, soit Ste-Lucie et peut-être même la Martinique. Nous sommes de moins en moins inquiets et nous espérons vraiment pouvoir faire nos travaux!! 😉

Dame nature est vraiment de notre côté!

La sortie de l'eau

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De mon côté, je passe toute la première journée à préparer les deux suivantes puisque nous avons loué une chambre à la marina. Je prépare les bagages et cuisine des petits plats que nous allons manger froids ou chauffés au micro-onde. Nous aurions pu rester dans le bateau, mais on annonçait deux grosses journées de pluie. Les panneaux solaires ne fonctionneront pas. De plus, nous sommes très bien cachés du vent alors l'éolienne ne tourne pas. Nous n’avons donc aucune source d’énergie pour charger les batteries. Elles commencent d’ailleurs déjà à montrer signe de faiblesse. Si le bateau avait été à l’eau, nous aurions pu partir le moteur mais ce n’est pas le cas. Nous devons ménager les batteries pour ne pas les endommager.

Mercredi le 28 octobre, nous déménageons tranquillement dans notre chambre avant que la pluie ne débute. Mathieu applique la première couche d’antisalissure, les enfants regardent encore des films et moi, je me fais piquer par des bibittes étranges. Je transporte des milliers de sacs à notre chambre. À six, il y a vraiment beaucoup de choses à emporter, d’autant plus que nous devons nous occuper et nous nourrir pendant 48 heures : les tablettes, des livres, des films, des petites autos, des oreillers pour les enfants, des repas froids, etc. Avant le diner, nous sommes bien installés à l’air climatisé dans notre chambre qui compte un grand lit et un sofa lit! On a l’habitude des petits espaces alors pour nous, c’est presque grand!! C’est vraiment chouette d’être au frais pour la première fois depuis la Floride, d’autant plus que l’humidité atteint 100% à l’extérieure. On a chaud juste à penser à bouger!!

Pendant ces deux journées, Mathieu fait des travaux au bateau alors que moi et les enfants ne quittons pas la chambre. À l’extérieure, c’est très pluvieux et chaud. De plus, il y a de bibittes étranges qui nous piquent. Le résultat est une cloche d’eau jaunâtre qui ressemble à une brûlure. C’est vraiment très désagréable. Heureusement, il n’y en a pas dans la chambre. À ma grande surprise, il n’y a pas que moi qui avais hâte de prendre une vraie douche! Les quatre enfants ont chacun passé 10 minutes sous la douche. Je dois leur demander de sortir. On ne se rend pas compte, mais c’est un luxe que nous n’avons pas souvent. Je crois que la dernière douche datait de Samana en République Dominicaine, donc en mars.  Je n’ose pas imaginer le plaisir qu’ils auront la prochaine fois qu’ils prendront un bain…

Nous avons fait deux soirées cinéma et pop-corn auxquelles Micah a invité son ami Luke qui dormait dans la chambre voisine avec ses parents. Micah adore Luke. Il se réveillait en le demandant et parlait encore de lui au coucher. C’était très mignon. Les deux matins, Luke était dans notre chambre avant le déjeuner pour regarder un film et jouer aux autos. Nous avons fait de la pâte à modeler, au grand bonheur de Thomas, et avons fait plusieurs jeux. Les visites de Luke, Lauren et Bruce de Vidorra ainsi que Ginette et Robert de Pinnacle ont aussi agrémentées notre séjour. C’est certain que ce n’était pas le grand luxe… Nous n’avions qu’un micro-onde pour nous faire à manger, pas d’eau chaude car il n’y avait pas de soleil pour alimenter le chauffe-eau  et pas de câble pour la télévision. Par contre, la chambre était très jolie, fraîche et propre. D’ailleurs, avec l’air climatisé à 23 degrés Celsius, tout le monde avait froid! Chaque matin, Vidorra nous offrait un café chaud car ils avaient apportés leur cafetière. Un grand bonheur!!

Notre chambre à Clarks Court Marina

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Deux journées à l'hotel!

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En Grenade, il y a de la pluie, beaucoup de pluie et du vent (maximum 50 noeuds). Quelques bateaux voient leur ancre décrocher, mais sans plus. Sur terre, il y a quelques bris et certains n'ont pas d'eau pendant une certaine période en raison des pluies diluviennes. Par prévention, tout est fermé pendant deux jours. À Clarks Court marina, le sol se draine très rapidement et il y a eu plusieurs périodes d’éclaircis qui permettent à Mathieu d’inspecter tout ce qui est habituellement dans l’eau, lubrifier les passes-coques, changer l’anode du moteur, réparer quelques trucs, marquer la chaîne, sabler la coque, faire deux couches d’antisalissure et finalement, repositionner la sonde. La sortie de l'eau aura été très efficace!

Le 30 octobre, c’est déjà le temps de remettre Passion Rebelle à l’eau. Nous sommes soulagés, mais nos inquiétudes se tournent vers les gens qui sont aux îles ABC, à Haiti, en République Dominicaine et aux Bahamas. Tranquillement, nous ramenons toutes nos choses sur Passion Rebelle. Nous sommes prêts pour une autre étape. Nous retournons nous ancrer à Calivigny Island. Bakéa et Prana reviennent du "trou à ouragan". Nous sommes vraiment très heureux d’avoir eu la chance de faire tous les travaux sur le bateau mais nous sommes sérieusement en retard sur notre horaire pour la remontée vers la Martinique. La météo est belle pour les prochaines journées alors nous nous préparons pour le départ. Nous replaçons le bimini, les voiles et les autres équipements! Cette fois, nous mettons de la crème solaire. Thomas et Micah ont des piqûres partout et moi, j’en ai plusieurs sur les mains. Mathieu se blesse aux mains avec la corde de l'enrouleur. Ce n'est pas très grave mais un peu handicapant pour les travaux que nous avons à faire. 

Samedi le 1er octobre, alors que Matthew fait rage dans l'océan, nous partons en fin d’avant-midi pour nous rendre à St-Georges. La température est superbe en Grenade. Ici, le dimanche, la majorité des épiceries sont fermées et il n’y a pas d’autobus. Nous devons donc compléter notre avitaillement avant la fin de la journée. Comme Mathieu est blessé, je vais faire l’avitaillement avec Élodie et Thomas de Bakéa… Grâce à eux, Mathieu n'a pas besoin de monter et descendre le dinghy. Océane est tellement contente de venir avec nous. J’aime beaucoup passer du temps avec un enfant à la fois. C’est relaxant et ils sont tellement différents. Elle m’a beaucoup aidé en poussant le panier et en transportant les paquets. Elle était très fière d’elle … et elle aime bien passer du temps avec Élodie et Thomas. Dernier voyage en autobus en Grenade… je suis triste de quitter ce pays. Quel coup de cœur pour ces gens souriants et accueillants!! À la fin de la journée, nous sommes fin prêts pour le grand départ!! 

La mise à l'eau

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Finalement, la tempête tropicale Matthew est passée sur St-Lucie le 28 septembre. 195 miles plus loin, elle est devenue un ouragan et a doublé sa vitesse en seulement 24 heures1. Matthew atteindra la catégorie 5 très rapidement, c'est à dire que les vents dépasseront 251 km/hre et les vagues 18 pieds (échelle Saffir-Simpson)2. Lorsqu'il touchera Haïti et les Bahamas, il sera classé catégorie 4 avec des vents de 211 à 251 km/hre et des vagues de 13 à 18 pieds (échelle Saffir-Simpson). Il fera plus de 1600 morts et beaucoup de dommages, particulièrement à Haiti. Plusieurs pays qui ne sont pas habituellement touchés par des ouragans ont été en allertes pendant plusieurs jours dont Curaçao. Matthew a terminé sa course le 10 octobre 2016 après 12 jours. Pendant toute cette période, nos pensées étaient avec l'équipage de Vomos situé à Bonaire et voilier Mangata ancré à l'Île à Vache, Haiti. Honnêtement, je pense que nous avons bien fait de nous méfier de ce système atypique et de prendre autant de précautions même si finalement, nous avons eu plus de peur que de mal… 

1. https://en.wikipedia.org/wiki/Hurricane_Matthew

2. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89chelle_de_Saffir-Simpson

8 Responses

  1. J’aime mieux est pissou moi aussi et faire tout ce qui peut être fait pour protéger mes amours et notre voilier! Je te comprends!

  2. Linda Neron

    Agréable de vous lire.ont pensent à vous! Xxxx

  3. Denise et Guy

    Merci de nous informer, beau résumé de cette aventure,merci pour les belles photos …….finalement vous avez pris la bonne décision …..bonne continuité …
    Nous vous aimons très fort
    Denise et Guy xxxxxxxxxxxx…..

  4. celine turgeon

    Merci de nous informer,vous avez bien fait d,attendre,et comme toujours c,est très intéressant de lire ton article. bonne continuité.céline

  5. Vous travaillez forts les capitaines. Bonne continuité de voyage….Micheline..xxx

  6. On a l’impression d’être avec vous! Sécurité avant tout, on vous comprends… Bonne continuité!

  7. Daniel Guillemette

    Vous faites bien d’être si prudents,comme tu disais il faut protéger les 4 petits blonds.
    C’est pratique tous ces appareils de navigation d’aujourd’hui ( radar,sonor,internet etc.)
    Autrefois Que de dangers attendaient les marins .
    Bonne continuité
    DanielXX

  8. therese guay guillemette

    je suis très heureuse de constater que vous n’avez rien eu bonne continuité bonne journée

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