La traversée du Gulf Stream: grrrrrrr!!!

Nous sommes en navigation entre la Floride et la Caroline du sud. Il fait beau. La mer est calme. Des dauphins tournent autour de Passion Rebelle. C’est définitivement un moment parfait! Je profite de ce calme pour écrire mon article sur notre traversée du Gulf Stream entre le Mexique et les États-Unis qui a eu lieu il y a déjà un mois. Lorsque j’écris, je revis les émotions du moment afin de vous les transmettre. Depuis quelques semaines, je repousse ce moment car je ne suis pas certaine de vouloir me remémorer cette traversée difficiles… Alors je me lance!

Nous avons quitté Isla Mujeres au Mexique tôt le mardi suivant le dimanche de Pâques. Nous étions toujours sous drapeau jaune et nous voulions quitter pour ne pas avoir à faire les formalités d'entrée et de sortie. Si nous avions été ailleurs, ça n'aurait pas été un problème mais au Mexique, elles sont réputées pour êre longues.Nous ne voulions pas laisser passer la fenêtre météo.

C’était une magnifique journée. La mer était calme et il y avait un magnifique soleil. La fenêtre météo était belle avec un vent de l’est et du sud-est. La seule ombre au tableau était une petite composante nord dans les prévisions de vent. En effet, on annonçait quelques heures avec un vent de 80 degrés (vent plein est = 90 degrés). Comme le Gulf Stream coule vers le nord entre le Mexique et Dry Tortugas, il faut éviter le vent du nord car il souffle à contrecourant. Du coup, il fait monter une vague très courte et désordonnée.

La première journée s’est déroulée à merveille. Nous filions doucement en direction du Gulf Stream que nous allions rejoindre afin qu’il nous propulse vers le nord. En fin de journée, nous avions rejoint le courant qui faisait passer notre vitesse de 6 à 8 nœuds. Nous étions rapides. Les enfants, habitués au mouvement de la mer lors de notre traversée de cinq jours, étaient en forme et s’amusaient dans le bateau. À 19h, un petit oiseau a commencé à tourner autour de notre voilier. Il tournait autour, puis passait sous les panneaux solaires pour rentrer dans le cockpit. Parfois, il entrait même à l’intérieure. Il était tout petit et très mignon. À deux reprises, Mathieu l’a pris sur son bras pour le sortir. Il n'avait pas peur de nous et semblait chercher un endroit pour dormir. Deux de ses amis tournaient autour de Passion Rebelle sans oser entrer. Micah criait de joie. Il disait que nous étions de vrais pirates car pour être un VRAI pirate, il faut un oiseau. Toute la famille était dans le cockpit à observer ces jolis petits oiseaux. Ils ont finalement tous réussi à rentrer et se sont installés sur la corde à linge pour la nuit. C’était tellement mignon de les voir. Nous avons décidé de les garder pour la nuit puis nous sommes allés coucher nos quatre grands oiseaux! La nuit a été très belle. Par contre, il y avait peu de vent. À ce moment, tous les espoirs étaient permis! 

Nouveaux équipiers sur Passion Rebelle

Au petit matin, nos oiseaux étaient partis, laissant derrière eux de petits cadeaux tout blancs… on aurait dû leur mettre une couche! Micah était déçu, nous n’étions plus des pirates. La deuxième journée s'est passée sans histoire, mise à part le fait que le vent et le courant nous poussaient toujours un peu plus à l’est de notre route… peut-être un peu trop à l’est. Le problème avec le Gulf Stream, c’est qu’il est assez fort et qu’une fois engagé, il n’est pas question de retourner. Une fois la nuit tombée, Mathieu et les enfants sont allés au lit. Nous filions sous les étoiles. Je regardais un film lorsque j’ai vu une lumière côté tribord (côté droit). Pas un orage! Je me suis installée côté tribord pour observer les éclairs afin de voir s'il était possible de l’éviter. Il y avait une longue ligne d’orages qui fonçait sur nous. Il y en avait devant et sur le côté. J'imagine que la routine du dodo ne nous a pas permis de les voir venir. Nous avons allumé le radar pour voir l’état de la situation. Ce n’était vraiment pas beau! Nuit noire, nuit d’inquiétude, j’ai prié pour que le soleil se lève. Je sais que ça n’aurait rien changé mais tout semble pire la nuit. Nous avons passé au travers avec du vent, un peu de pluie et beaucoup d’éclairs. Nous fermions l’électronique lorsque les éclaires étaient trop près de nous. Les ordinateurs étaient cachés dans le four. Nous n'avons pas dormi.

Au matin, à force de tricoter pour éviter les orages, nous étions vraiment très à l’est de notre route. Le courant du Gulf Stream suivait une direction nord-est et le vent provenait du nord-est. Un cocktail explosif! La vague a monté vraiment rapidement. Elle était courte et désordonnée, celle que nous détestons le plus. Nous essayions d’aller vers le nord. Nous étions à moteur. C’était infernal. Nous avancions à 3 kts, la moitié de notre vitesse de croisière. Il restait au moins 60 miles avant de sortir du courant, donc 20 heures à cette vitesse. Étonnamment, personne n’était malade. À un moment, j’ai dit à Mathieu que si on m’offrait de venir nous chercher en hélicoptère et d’abandonner le bateau et toutes nos choses, c’est ce que je ferais. Nous étions misérables. Incapables de manger, de dormir ou de faire quoi que ce soit. C’est surement le moment le plus désagréable de notre voyage… Peut-être que je devrais arrêter de faire la compilation des mauvais moments car ils deviennent de plus en plus difficiles à vivre et surtout, de plus en plus longs. Plus le temps était mauvais, plus je me concentrais sur mon livre "Maiden voyage". Ce livre raconte l'histoire d'une jeune fille de 18 ans qui a fait le tour du monde en solitaire dans les années 80. Elle raconte que, quand il y a du mauvais temps, elle lit le livre d'un homme qui fait une traversée en solitaire et qui vit des moments plus difficiles qu'elle. Le truc fonctionne à merveille car moi ça me fait vraiment du bien! Ses expériences sont définitivement plus difficiles que les nôtres et surtout, plus dangereuses! Si un fille de 18 ans peut le faire… nous aussi!

Après 24 heures de cette température, nous sommes tranquillement sortis du courant. Toujours à moteur, nous avons continué notre route ralentie car nous avions toujours un vent de 25 noeuds dans le nez. C’était vraiment une traversée interminable… Pourtant, nous n'étions partis que depuis trois jours. Nous avions tellement hâte de voir Dry Tortugas. En fait, n'importe quel ancrage aurait fait l'affaire.

Les îles de Dry Tortugas font partie de la Floride. Elles sont situées à environ 60 miles à l’ouest de Key West, Floride. Il s’agit d’un endroit accessible par hydravion et par bateau. Ces îles de sable sont protégées grâce à une barrière de corail. Il s'agit d'un parc national. Il y a une plage ainsi qu’un phare et un fort à visiter. La plongée et la pêche y sont excellentes. Les îles sont très basses. Cinq miles avant d’arriver, nous voyions à peine le bout du phare dépasser. Nous avions tellement hâte de jeter l’ancre et de dormir. Le stress et la faim combinés avec le manque de sommeil nous rendaient à fleur de peau.

Dry Tortugas sous un ciel bleu

Au moment où nous arrivions près des îles, un orage est arrivé. Nous avons dû attendre qu’il passe car nous devions passer entre les bouées du chena. Cétait plutôt étroit pour ce genre de conditions. Le temps filait. Il était 17h. Nous étions écœurés. Un fois le gros de la pluie passé, nous sommes entrés dans le chenal et nous sommes allés nous ancrer. Pauvre Mathieu, épuisé et maintenant trempé… Enfin, nous étions arrivés! Bravo pour la traversée la plus difficile du voyage… Nous apprendrons plus tard que les autres voiliers qui ont fait la traversée en même temps que nous aurons tous eu du temps horrible. Même les gens qui étaient à l’ancre à Dry Tortugas ont dit être restés là deux semaines car ils n’avaient aucune fenêtre adéquate pour se rendre à Key West.

3 Responses

  1. therese guay guillemette

    je vous félicite et je vous trouve vraiment courageux ça devait être très paniquant c’est surtout quand on a des enfants c’est sûrement plus inquiétant , vous êtes dans un endroit que vous connaissez le repos du guerrier bonne pause vous le méritez bien

  2. celine turgeon

    ALLO LA PETITE FAMILLE,JE VAIS SECONDER CE QUELLE A DIT TA TANTE SABRINA,AUSSI BELLES PHOTOS ET À LA PROCHAINE LECTURE CÉLINEXX

  3. Quel courage. Je crois que vous vous en souviendrez longtemps et qu’un jour vous raconterez cette traversée à vos petits enfants. Cela prouve qu’on a aucun contrôle sur les caprices de la mère nature malgré vos précautions d’avoir validé la fenêtre météo. Vous vous en êtes sortie avec brio.Bravo vous avez toute mon admiration.
    Gros bisous à toute la famille
    Daniel et Diane XXXXXX
    Mélaudine

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